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"C'est vrai, je l'aimais beaucoup cet enfant, mais après ce qu'il m'a fait, c'est fini."

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    "C'est vrai, je l'aimais beaucoup cet enfant, mais après ce qu'il m'a fait, c'est fini."

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    "Va chez le docteur Venelle. Si tu veux, je te donnerai les sous..."

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    "Elle a le cœur brisé, elle en mourra - et voilà le père de l'assassin. Assassin !"

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    "Tu t'imagines ce petit qui faisait semblant de ne pas savoir mesurer un Picon-Grenadine..."

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    "Mais ce petit, tu me le donnerais ? Il serait mien ? Il aurait mon nom ?"

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    "Coquin de sort, il ne lui manque que deux roues pour faire un canon !"

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    "Je me garde toute ma sympathie...ma sympathie qui m'est personnelle et que j'y tiens énormément..."

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    "Eh bien c'est ton droit, sois dégoûté, que veux-tu que j'y fasse ?"

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    "Mais il parle toujours de toi dans ses lettres."

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    "Fanny, ce garçon, à vingt ans, il pourrait fumer des cigares comme le bras !"

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    "Vous croyez, vous, qu'ils auront des enfants ?"

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    "Le solution il y en a une, je peux aller à la pêche, un matin, de bonne heure, le bateau chavire et je me noie."

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    "Je l'aimerai toute ma vie..."

Dans son bar, sur le Vieux-Port de Marseille, César se morfond. Marius, son fils, est parti naviguer à l’autre bout du monde. Entouré de ses amis, exaspéré par son chagrin et leur compassion, ce père aimant et abusif se sent trahi par un départ dont il contemple le désastre dans le désespoir de Fanny, l’amour délaissé de Marius. Mais Fanny n’est pas qu’abandonnée. Elle est une fille perdue dont la grossesse devient une tragédie ordinaire. Honoré Panisse, le maître voilier du port, de trente ans l’aîné de Fanny, lui propose le mariage, l’honorabilité, la fortune.

 

À aucun moment, Pagnol ne dit quelle serait, selon lui, la bonne décision à prendre. La fin de la pièce reste ainsi ouverte au bonheur ou au drame. C’est au spectateur de s’approprier l’histoire et de juger les faits. Comme chez Brecht : « Le rideau fermé, toutes les questions restent ouvertes. » Plusieurs adaptations cinématographiques ont montré que le propos pouvait être récupéré par des idéologies contradictoires, du manifeste familialiste et réactionnaire à une satire sociale dénonçant les hypocrisies d’une petite-bourgeoisie attirée par l’argent ; mais la complexité de la pièce montre surtout des blocs de vie et d’humanité, sans jamais être démonstrative. Même le comique de la pièce n’est jamais appuyé, jamais en surplomb par rapport aux personnages.

Après avoir vu et revu les films de la trilogie marseillaise, la lecture des pièces m’a permis de me rendre compte que l’œuvre théâtrale, dans sa dramaturgie et sa virtuosité des dialogues, était si bouleversante. C’est faire peu confiance à Pagnol de penser qu’on ne peut jouer la trilogie qu’avec l’accent marseillais. L’universalité de ses pièces montre que Pagnol a ému des gens de cultures très différentes, de la Suède au Japon, des États-Unis à l’Allemagne. La mission de la Comédie- Française est bien de démontrer que Fanny n’est ni folklorique ni pittoresque, mais une des grandes œuvres du répertoire théâtral français.

 

Jérôme Garcin, Le véritable accent de Pagnol

Gilles Costaz, L'air du vieux Port

Philippe Tesson, La tendresse de Pagnol

AFP, Avec Fanny, Pagnol entre à la Comédie-Française

Fanny

 

Marcel Pagnol

Mise en scène Irène Bonnaud

Avec : Catherine Ferran, Andrzej Seweryn, Sylvia Bergé, Jean-Baptiste Malartre, Pierre Vial, Serge Bagdassarian, Marie-Sophie Ferdane, Stéphane Varupenne, Gilles David

Scénographie Claire Le Gal – Costumes Nathalie Prats-Berling – Lumières Daniel Lévy - Réalisation sonore Alain Gravier - Maquillages et coiffures - Catherine Saint-Sever - Assistante à la mise en scène - Sophie-Aude Picon - Assistante aux costumes Céline Marin

Production déléguée : Comédie Française

Photos © Brigitte Enguerand

Disponible en DVD aux éditions Montparnasse.

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 Fanny : Je mangeais par caprice, n’importe quand, n’importe quoi. Du pain, du chocolat, des fruits, des coquillages, ça me prenait comme ça tout d’un coup... Et puis, j’avais l’air très maigre, et quand je me suis pesée, j’ai vu que je n’avais pas maigri. Au contraire.

Claudine : Moun Diou ! Ça y était !

Fanny : Alors, j’ai eu peur, une peur horrible... J’y pensais le jour, j’y pensais la nuit... Je pleurais tant que j’en étais saoule... Marius ne m’écrivait pas... J’ai pensé à me jeter à la mer.

Honorine : Malheureuse ! Ne fait jamais ça ! Va, comme tu as du souffrir de porter ton secret toute seule !

Fanny : Et enfin, ce matin, je me suis décidée. Je suis allée voir un docteur. Le docteur Venelle.

Honorine (découragée) : Un bon docteur. Un savant, celui-là ! et qu’est-ce qu’il t’a dit ?

Fanny : Que ça serait pour le mois de mars.

Honorine : Eh bien ! Un joli mois ! Le mois des fous !


 

Création le 24 septembre 2008 au Théâtre du Vieux Colombier – Paris.