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Fantasimi / Thomas Martin d’après Eschyle

 

Traduit de l’allemand par Irène Bonnaud

Disponible sur demande.

 

Mise en scène : Philippe Vincent (Théâtre des Bernardines-Marseille)

 

Fantasimi /  Shadows est la première pièce née du projet Une Orestie d'après Eschyle qui confronte artistes contemporains et le matériau de la trilogie d'Eschyle.

A l'initiative de la compagnie de théâtre Scènes (en résidence aux Subsistances à Lyon) et de son metteur en scène Philippe Vincent, la naissance du projet Une Orestie au lendemain de la Müller Factory qu'elle avait organisée est un signe de la coïncidence entre les formes “ postdramatiques ” (H-T. Lehmann) du spectacle vivant contemporain et le théâtre à bien des égards pré-dramatique de la tragédie grecque. La crise du dialogue, l’enchevêtrement de la parole, de la danse et du chant, la résurrection du chœur sont des symptômes de ce territoire commun. 

 

Clytemnestre

Voici l'homme, mon troisième, que j'aime, pourquoi. Sa lignée baigne dans le sang comme aucune autre, sur le registre la signature des dieux. Il est venu à moi avec des fleurs il y a dix ans, a distribué des paroles, rien d'autre. Il m'a plu. Les autres étaient partis, après que mon deuxième avait sacrifié notre fille pour obtenir bonne route sur la mer. Massacrée pour le massacre suivant, la bataille pour Troie. Où ma sœur était parti rejoindre un autre après avoir quitté son homme, frère de mon deuxième. Ce dernier m'a obtenue après avoir tué mon premier. Lui et son frère cocu sont les fils d'un homme qui a été tué par mon troisième, que j'aime. Lui a été conçu avec violence par son père et la fille de ce dernier, après que le frère de son père, père de mon deuxième, avait massacré ses premiers nés par vengeance : le père de mon troisième s'est couché une nuit dans le lit de la femme de son frère, c’était par envie, car ce dernier était l'aîné, et plus près du trône. Les enfants morts, il les a préparés pour lui, pour le père de mon troisième, en guise de réconciliation. Il a mangé de leur chair jusqu'à ce que son frère aîné apporte sur un plateau les têtes des enfants en souvenir, bon appétit frère, un frère aime son frère jusqu'au sang, c'est aussi le mien. Un devin avait prédit qu’accomplirait la vengeance l'enfant que lui, qui avait recraché ses fils et qui se tenait sans voix dans son vomi, mettrait au monde avec sa propre fille, qui avait été épargnée jusque-là. A condition que ce soit un garçon, cet enfant qu'il planterait dans le ventre de sa fille. C'est ce qu'il est devenu, celui que j'aime, pourquoi. Le père de son père et du frère meurtrier était un enfant qui, massacré par son propre père, a été servi en souper aux dieux, pour mettre à l'épreuve les dieux omniscients ou parce qu'il ne voulait leur donner que ce qu'il avait de meilleur. Qui dîne avec les dieux, mieux vaut qu'il ait une longue cueillère. Lui, le père du père du père de celui que j'aime était assis à la table des dieux, faisait des plans, lui dissemblable à ces dieux tous semblables et tout homme qu'il était, il a pris les plats divins et les a donnés avec ses plans aux hommes, et depuis il subit son châtiment, suspendu sous la terre entre vie et mort, dans l'œil la malédiction et le destin de ses descendants. Son fils, les dieux le réparèrent, tout s'était conservé à part l'épaule gauche, la prothèse est devenue célèbre, la marque de famille, un stigmate porté par les hommes. Tantale a fait Pelops, Pelops a fait Atrée et Thyeste, Atrée a fait Agamemnon et Ménélas, Thyeste a fait Egisthe, que j'aime.

Electre (voix)

“ The barge, she sat in, like a burnish’d throne

Burn’d on the water ; the poop was beaten gold

Purple the sails, and so perfumed that

The winds were love-sick with them… ”

Egisthe

Veux-tu les avoir, tes rêves, réellement peut-être. Es-tu cela, celle qui écrit l’histoire, qu’as-tu donc. Amour. Elle parle des ombres que nous jetons en direction des morts, devant nous.